Déplacement de Christian Masset à Gênes - Entretien à Il Secolo XIX (16.10.2020)

A l’occasion de son déplacement à Gênes, l’ambassadeur a donné un entretien au quotidien ligure Il Secolo XIX. Retrouvez la traduction de l’article intégral.

« La Covid inquiète mais les frontières ne doivent pas être fermées » - « Nous trouverons une solution ensemble pour la réouverture du col de Tende » -

par Marco Menduni

(Retrouvez la version originelle en italien au lieu suivant : https://www.ilsecoloxix.it/italia/2...

Un pacte entre la France et l’Italie face à la crise hydrogéologique à la frontière, accrue par les bouleversements du climat. Une collaboration pour aborder la question de l’immigration, avec aussi la constitution d’un commissariat commun de police à la frontière. Et aussi : un non à la fermeture des frontières entre les deux pays pour faire face à l’urgence. Covid : la contagion n’a pas la notion de frontières, cela ne servirait à rien. Ensuite, le thème de la Tav : elle est indispensable. L’Ambassadeur de France en Italie, Christian Masset sera aujourd’hui à Gênes, où il rencontrera les autorités et se rendra à l’Alliance Française. Dans cette interview, il répond aux thèmes les plus délicats d’actualité.

Q. : Les intempéries ont frappé durement ces dernières semaines tant en France qu’en Italie avec de très lourdes conséquences.
A Vintimille mais aussi dans l’arrière-pays de Nice, dans le domaine de Saint-Martin-Vésubie. Ya -t-il la possibilité d’une approche commune dans les zones de frontières contre l’évidente fragilité hydrogéologique des territoires ?

R. : « Une prise de conscience est inévitable : nous devons augmenter encore plus la collaboration, parce que les catastrophes naturelles ne connaissent pas les frontières. Je ne peux qu’exprimer ma tristesse pour les victimes et la dévastation causée par ce dernier événement. Ce qui en ressort c’est que ces phénomènes doivent être abordés globalement, conscients de l’accélération de la répétition de ces épisodes ».

Q. : Il faut donc valoriser un travail côte à côte…
R. : « Nous devons travailler ensemble, entre opérateurs italiens et français, sur l’assistance et les infrastructures. Dans ce cas précis, la coopération a été bien là, entre les préfectures des Alpes maritimes, d’Imperia et de Cuneo. Nous sommes reconnaissants aux autorités italiennes pour la manière dont ils ont fait face à la triste situation des corps des victimes françaises retrouvés sur les plages de Ligurie ».

Q. : Le problème immédiat est la route du Col de Tende, traversant les deux territoires italien et français qui ont subi d’énormes dommages. Comment y faire face ?
R. : « Le long du Roia et surtout sur la route de Tende que nous avons un gros problème, parce que le lien a été totalement coupé et nous devons faire face à des travaux considérables qui demanderont beaucoup de temps. Les autorités françaises et italiennes étudient la situation pour trouver des solutions, tant pour remédier aux très graves dommages subis que pour identifier des solutions intermédiaires pour assurer les connexions ».

Q. : Un autre problème présent au fil des ans a trait aux migrants qui essaient de traverser la frontière entre l’Italie et la France et qui y sont repoussés, créant une pression insoutenable pour Vintimille. Dans les nouveaux contextes européens, comment le drame de l’immigration peut-il être affronté dans le rapport spécifique entre nos deux pays ?
R. : « Tout d’abord, j’exprime une solidarité totale à l’Italie pour ce qu’elle a affronté et pour la manière dont elle l’a fait. Il n’y a pas de mots assez forts : la France est à vos côtés pour ce qui est de la nécessité de la relocalisation, il est en première ligne parmi les pays qui ont accueilli le plus de migrants débarqués sur les côtes italiennes. Nous savons par ailleurs que ce thème porte en lui la nécessité d’une réponse au niveau européen ».

Q. : Quels sont les développements récents ?
R. : « La Commission a fait une proposition il y a quelques semaines et nous, France et Italie, avons une approche très proche sur le thème, traité dans sa globalité. D’abord, dissuader les départs depuis les pays de la rive sud de la Méditerranée. Deuxièmement : avoir un contrôle des frontières extérieures. Nous sommes aux côtés de l’Italie dans sa demande de solidarité mais nous voulons aussi de la responsabilité. Et il faut certainement une responsabilité européenne pour les rapatriements. Nous sommes avec l’Italie pour qu’il y ait un parcours très rapide pour trouver un accord sur les propositions de l’Europe ».

Q. : En attendant, il peut y avoir des actions communes entre les pays.
R. : « La coopération transfrontalière au cours de cette dernière année s’est renforcée de manière particulièrement importante, il y a un dispositif avec deux centres de coopération entre Ventimille et Modane, avec un échange d’informations administratives et judiciaires. Puis il y a des patrouilles mixtes en action aux frontières. Nous travaillons aussi à la constitution d’un commissariat de police commun, toujours pour les frontières, pour consolider le système de patrouilles communes.

Q. : Ce commissariat aura-t-il un siège physique ?
R. : « Oui, il aura son siège dans une zone de frontière, mais l’endroit n’a pas encore été communiqué ».

Q. : Les infrastructures : une de celles qui a fait l’objet en Italie des polémiques les plus fortes est la Tav. Quelle importance la France donne-t-elle à cette liaison ferroviaire ?
R. : Elle est essentielle. C’est une infrastructure stratégique pour la France, l’Italie et toute l’Europe. Par exemple aussi pour le Portugal et la Grèce. Ce n’est pas uniquement une liaison entre Turin et Lyon, c’est indispensable aussi pour les politiques environnementales : nous savons que le trafic le plus important est sur roues. Nous connaissons les problèmes de pollution qui en découlent. »

Q. : Une politique verte doit être conjuguée avec le développement.
R. : « Nous voulons la croissance et le développement économique, ce qui signifie plus de marchandises qui se déplacent et auxquelles, si nous voulons qu’elles n’aillent pas sur la route, la Turin-Lyon donnera une grande contribution au climat. La liaison jouera son rôle pour réduire les émissions, comme rappelé lors du Sommet franco-italien du 27 février. Un engagement partagé.

Q. : La situation d’urgence due à la COVID se transforme aussi en un défi important pour les pays proches qui font actuellement face à une recrudescence des contagions.
R. : « La situation en France est inquiétante, je vous qu’elle le devient aussi en Italie. Mais la tendance est la même partout : nous sommes face à une nouvelle vague. La Covid ne connaît pas de frontières et c’est une question de coordination au niveau européen. Toutes les mesures de restriction doivent être prises de manière coordonnée ».

Q. : Le Président du Piémont a même parlé de fermeture des frontières entre nos deux pays il y a deux semaines.
R. : « Je voudrais rappeler que la France n’a jamais fermé ses frontières et n’a pas fait obstacle aux travailleurs transfrontaliers, au contraire elle a tout mis en œuvre pour qu’ils puissent voyager, se déplacer et travailler. Je ne crois pas que fermer les frontières empêche la diffusion du virus ».

Q. : Les relations entre la France avec Gênes et la Ligurie sont solides, de grande amitié et aussi d’échanges commerciaux importants.
R. : « Je me fais une grande joie de revenir à Gênes, la Ligurie est une région qui a des liens très importants avec la France. Les relations économiques sont intenses. Gênes est jumelée avec Marseille et les ports travaillent ensemble pour développer les trafics vers l’Europe de la Méditerranée. Un accord, dont nous attendons beaucoup, a été signé récemment sur le front des activités complémentaires. En Ligurie, 30 entreprises françaises travaillent avec deux mille personnes. A Gênes 1500 français habitent et plus de 3000 dans la région ».

Q. : Et il y a des relations culturelles consolidées dans le temps…
R. : « Il existe des personnages communs, comme Paul Valéry dont la mère était génoise et qui a vécu à Gênes. Et puis Renzo Piano, que nous connaissons bien car il a réalisé Beaubourg et le nouveau palais de Justice de Paris. C’est une personnalité très aimée en France. Renzo Piano justement nous relient à la mémoire des victimes du Pont Morandi, il y a eu quatre morts français, et j’ai été très ému par les commémorations. Quand nous parlons, partout, de relance et de reprise, le nouveau pont sur le Polcevera en est le symbole »./.

Dernière modification : 16/10/2020

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