"L’Europe trop distante, nous voulons aider l’Italie mais d’abord parlons-nous" [it]

Entretien de Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, Corriere della Sera, 14 juin 2018, Stefano Montefiori.

Dans son bureau au Quai d’Orsay, la Ministre Loiseau essaie de maintenir ouvert les canaux de dialogue, parle de réaction émotionnelle des deux côtés, et juge inévitable que Rome et Paris recommencent à se parler.

Que répond la France au Ministre Salvini qui demande une preuve de générosité ?

Récapitulons la situation. Il y a eu une crise urgente, humanitaire, de l’Aquarius qui aurait pu trouver une réponse classique de secours en mer. Cette réponse n’est pas arrivée, l’Espagne accueillera le bateau, l’Italie a fourni du ravitaillement, l’urgence humanitaire est désormais sous contrôle et la France est prête à envoyer en Espagne une mission de l’Ofpra (Bureau français de protection des réfugiés et apatrides).

Donc selon vous la France a déjà donné des preuves de générosité ?

Ce que nous pensons est que l’Europe n’a pas été assez proche de l’Italie dans la crise migratoire. Le poids de l’accueil et de l’examen des demandes d’asile a trop pesé sur l’Italie, il aurait fallu une présence européenne plus forte. Il faut mettre au point un mécanisme européen pour aider l’Italie, une idée que la France a toujours défendue, et pour ce faire nous devons travailler ensemble.

Macron aujourd’hui a parlé de provocation et a semblé faire allusion à Salvini et a son alliance européenne avec Marine Le Pen.

Le Président n’a mentionné personne, il a seulement donné le signal qu’il est important de ne pas céder aux effets d’annonces. Les politiques ont tendance à se laisser aller à des déclarations véhémentes mais le président de la République française comme le président du Conseil italien est des personnes qui ont des responsabilités. C’est ce que le Président Macron veut dire. Nous parlons entre personnes responsables.

Votre homologue, le ministre Paolo Savona, est connu pour être eurosceptique et c’est pourquoi il n’a pas obtenu le poste de Ministre de l’économie. Quelle était la teneur de votre discussion ?

Nous nous sommes parlé au téléphone et espérons nous voir bientôt. Je connais la réputation de M. Savona mais aussi ses prises de position, depuis qu’il est ministre, sur le rôle positif de la France et de l’Italie dans la réforme de l’UE.

La France aurait sans doute été davantage en droit de critiquer l’Italie si elle avait elle-même accueilli l’Aquarius.

« Le geste de l’Espagne est courageux. Mais, comme règle générale, dans l’intérêt des personnes à secourir, il faut les conduire dans le port sûr le plus proche plutôt que faire vivre à ses personnes encore trois ou quatre jours de mer ».

Oui mais c’est la France qui critique l’Italie.

« Il y a une question qui est mise en cause, celle du secours en mer. Il existe un droit international, un droit de la mer, et il convient d’en respecter les règles. Ceci dit, la relation entre la France et l’Italie est très émotionnelle. C’est une preuve de l’attachement que nous avons l’un pour l’autre, nous sommes très sensibles et susceptibles sur ce que dit notre voisin. Par chance, la volonté de travailler ensemble prévaut toujours.

Cette année les moments de tensions ont été nombreux, également avec l’ancien gouvernement, de STX Fincantieri à la Libye et aux migrants.

« Mais aussi de grands progrès, par exemple au Sommet de Lyon, où nous avons trouvé de nombreuses solutions et lancé l’idée du Traité du Quirinal. Notre coopération industrielle est bonne, l’Italie est l’un des principaux investisseurs en France, et nos industries se rapprochent, comme nous l’avons vu dans les secteurs optique ou naval.

Hauts et bas.

« Hauts surtout. La réalité de la relation est que nous avons de nombreux intérêts communs et sommes deux pays qui se comprennent bien. Mais il y a ce facteur émotionnel c’est vrai. ».

Paris espérait le soutien de Rome en Europe ?

« Nous avons suivi avec attention le discours du Premier Ministre Conte au parlement italien. Evidemment nous avons besoin de l’Italie, nous sommes tous deux convaincus de la nécessité d’une refondation de l’Europe ».

On parle d’un « axe » de l’Italie avec l’Allemagne et l’Autriche, et Salvini cite comme modèle la Hongrie d’Orban.

« Je ne sais pas ce que peut penser l’Italie du fait que la Hongrie refuse d’accueillir les réfugiés. Il n’existe pas une solution simple ni partiale, nous devons absolument en parler avant le Conseil européen de fin juin »./.

Sources : notre traduction de 14/06/2018 - Nathalie Loiseau - Corriere della sera

Dernière modification : 03/07/2018

Haut de page