’’Punto di fuga’’ : JR sur la façade du Palais Farnèse - 21.07.2021 [it]

À partir du 21 juillet 2021, la façade du Palais Farnèse à Rome accueille une œuvre monumentale de l’artiste français JR, créée spécialement à l’invitation de l’Ambassade de France en Italie. Ce spectaculaire trompe-l’œil de plus de 600 mètres carrés, intitulé « Punto di Fuga » se déploie sur les palissades de la place Farnèse ainsi que sur une structure d’échafaudages. Cette installation s’inscrit dans le programme de valorisation artistique du chantier de restauration des façades et toitures du palais Farnèse, qui offrira à des artistes contemporains l’occasion de rendre hommage à cet édifice emblématique de la Renaissance. L’œuvre révèle à sa manière une partie réelle ou revisitée de l’intérieur du Palais Farnèse, une façon également d’illustrer le souhait de l’Ambassade que le palais reste « ouvert pour travaux » pendant toute la durée du chantier.

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Crédits photos : ©JR

Emblématique par son architecture et ses décors à la fresque, le palais Farnèse a toujours été, au cours de son histoire, et reste aujourd’hui un lieu d’inspiration pour les artistes. Avec cette création de JR, il apparaît plus que jamais comme la rencontre entre l’histoire et le contemporain, comme l’exprime l’Ambassadeur de France en Italie, Christian Masset : « Accueillir cette œuvre de JR sur la façade du Palais Farnèse est une manière pour nous, pendant les travaux, de montrer également le palais d’un point de vue artistique très contemporain, et de le montrer d’une manière innovante et différente. C’est également une contribution à la relance de la culture à Rome après ces longs mois de pandémie, en montrant l’intérieur du palais qui est plus que jamais, grâce à ce chantier de restauration, "ouvert pour travaux". Les œuvres de JR sont aussi, dans le monde entier, une invitation à ce que le public se les approprie et en fasse sa propre lecture. Cette démarche d’ouverture, de dialogue avec le spectateur, nous a immédiatement intéressés. C’est aussi une nouvelle façon de symboliser le lien entre la France et l’Italie par la culture. »

Avec Punto di Fuga (Rome, Palais Farnèse, 2021), JR crée une fantaisie architecturale qui orchestre la rencontre entre des espaces fidèlement évoqués du palais Farnèse – comme la colonnade du vestibule d’Antonio da Sangallo ou encore les fresques de Salviati dans la Salle des fastes farnésiens – qui semblent surgir d’une matière minérale, suggérant une profondeur tant spatiale que temporelle. Hommage à l’histoire du palais, l’œuvre restitue la sculpture de l’Hercule Farnèse à sa place d’origine, dans le Cortile du palais, comme en attestent des gravures des XVIe et XVIIe siècles.

Pour le Palais Farnèse JR crée une anamorphose qui s’inscrit dans l’esprit des projets architecturaux qu’il a inaugurés en 2016 sur la pyramide du Louvre à Paris, la faisant disparaître, absorbée dans un trompe-l’œil géant. Ont suivi, en 2019, un hommage à cette même pyramide de Pei, révélant durant quelques jours les excavations du Louvre ; puis, au printemps 2021, une « blessure » sur la façade du palazzo Strozzi à Florence, imaginée en écho à la fermeture des musées lors de la pandémie ; et plus récemment encore, en mai 2021, une œuvre sur le parvis du Trocadéro à Paris, ouvrant une vertigineuse brèche dans l’alignement exact de la Tour Eiffel.

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Crédits photos : ©JR

Réalisée en panneaux de Dibond (aluminium imprimé) fixés sur les échafaudages et en bâches de vinyle sur les palissades, l’œuvre est un parfait exemple d’anamorphose, une illusion mathématique et un jeu visuel qui construit et déconstruit l’image en fonction de la position du spectateur. S’inscrivant dans une tradition picturale qui remonte à Piero della Francesca ou Hans Holbein, l’artiste JR a été fasciné par la découverte des spectaculaires anamorphoses du couvent de la Trinité-des-Monts à Rome (1642), qui font partie des chefs d’œuvre du genre. Pour le palais Farnèse, il invite le visiteur à jouer avec l’image qu’il a construite-déconstruite, et trouver le parfait point d’anamorphose (situé au seuil de la place Farnèse, environ au milieu de la via dei Baullari).

L’œuvre Punto di Fuga dialogue avec l’histoire, faisant de l’Hercule Farnèse – une des sculptures les plus emblématiques de la collection Farnèse, trouvée en 1546 dans les ruines des thermes de Caracalla, installée dans la cour du palais puis déplacée à Naples en 1787, et aujourd’hui conservée au Musée archéologique de Naples (MANN) – l’un des éléments clés de la composition. Cette nouvelle création de JR s’inscrit également dans un subtil écho avec les travaux qu’il réalise depuis 2017, à San Francisco, New York et Montfermeil. Sa série des Chroniques constituent, en effet, d’immenses fresques participatives pour lesquelles il photographie ou filme des centaines de personnes qu’il met en scène dans une composition narrative qui offre le portrait d’une époque. La mise en perspective dans Punto di Fuga des fresques de Salviati et des frères Zuccari, qui couvrent les murs de la salle des fastes farnésiens, peut être lue comme un hommage contemporain de l’artiste à cet impressionnant livre d’histoire qui narre a fresco les origines et les hauts faits de la famille Farnèse.

Cette intime relation entre l’histoire et le contemporain se manifeste également dans le dialogue que l’artiste a souhaité instaurer avec la façade du palais Farnèse, soulignant et mettant en exergue des éléments de l’architecture de Sangallo et de Michel-Ange, invitant le visiteur à en redécouvrir des détails, des armoiries des Farnèse qui surgissent de l’œuvre au système décoratif géométrique en briques rouges.

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Crédits photos : ©JR

Internationalement connu pour ses installations éphémères dans l’espace urbain, JR donne, depuis plus de 20 ans, un sens et un humanisme aux murs du monde entier avec ses collages à grande échelle. Des favelas brésiliennes aux banlieues parisiennes, de New York à Londres, des wagons de trains aux containers, d’un hommage aux femmes de pays en conflit à celui rendu aux soignants de la pandémie du COVID-19, il envahit les villes de visages et de regards, photographiés en noir et blanc. Si le monde est son atelier, l’Italie est un pays qui lui est cher et où il a eu l’occasion de créer à de multiples reprises, à Venise, San Gimignano, Florence et aujourd’hui à Rome.

Dernière modification : 03/11/2021

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