Visite d’Etat du Président Sergio Mattarella en France - 04-06.07.2021 [it]

Le Président Sergio Mattarella est arrivé dimanche 4 juillet 2021 à Paris où il a été accueilli par le Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avant de se rendre à la Manufacture de Sèvres pour une visite, en présence de Barbara Pompili, ministre de la transition écologique.

Le chef de l’Etat italien a été reçu à l’Elysée lundi 5 juillet par le Président Emmanuel Macron pour un entretien bilatéral, à la suite duquel ils ont tenu ensemble une conférence de presse conjointe.

Déclaration conjointe Sergio Mattarella et Emmanuel Macron - JPEG

La visite d’Etat du Président italien se poursuit avec une visite à l’Assemblée Nationale où il s’entretiendra avec Richard Ferrand, président de l’Assemblée, puis à la Sorbonne pour un discours sur l’Europe, intitulé : « France, Italie, Europe : notre futur  » en présence d’étudiants et de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal.

Mardi 6 juillet, Sergio Mattarella se rend à l’UNESCO où il rencontre Audrey Azoulay, la directrice générale, avant de se rendre à l’Arc de Triomphe pour un hommage sur la tombe du soldat inconnu en présence du ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Monsieur Éric Dupont-Moretti.

S’ensuit une réception à l’Hôtel de Ville par la maire de Paris, Anne Hidalgo, puis à l’Hôtel Matignon pour une rencontre avec le Premier ministre, Jean Castex.

La visite d’Etat du Président de la République italienne s’achève sur une rencontre au Sénat avec son président, Gérard Larcher.

La conférence de presse conjointe du Président de la République italienne et du Président de la République française

Transcription :

=Seul le prononcé fait foi=

Propos liminaires d’Emmanuel Macron, Président de la République française

"Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les Ambassadeurs,
Mesdames, Messieurs,

Monsieur le Président, nous sommes très heureux de vous accueillir aujourd’hui à Paris et je tiens à dire combien cette visite témoigne des liens de profonde amitié qui unissent nos deux pays et qui nous unissent. Nous nous étions retrouvés voici deux ans à Amboise et à cette occasion nous avions réaffirmé les liens très forts qui unissent l’Italie et la France, notamment à travers la figure de Léonard de Vinci dont nous commémorions les 500 ans de la disparition, la culture toujours. Puis, une nouvelle fois lors du sommet de Naples, en février 2020, où nous avons pu renforcer notre coopération. Le virus arrivé, l’Italie était déjà durement frappée, le pire rôdait en Europe, mais nous nous étions tenus ensemble dans cette magnifique ville de Naples pour commémorer là encore notre histoire, notre culture et l’avenir.

Ces longs mois de crise sanitaire qui nous ont touchés ne nous ont pas permis de nous rencontrer aussi fréquemment que nous l’aurions souhaité, mais nous n’avons cessé d’échanger, de travailler, de coopérer. La France n’oublie pas que l’Italie a été le premier pays européen durement touché par la crise sanitaire. A 10 jours d’écart, 10 jours seulement, nous avons été confrontés au même défi. La façon dont vous avez les premiers en Europe fait face à l’inimaginable et répondu à l’urgence, je veux le dire ici à impressionné. Je veux également vous dire cher président à la fois le respect et l’amitié de toute la France à l’égard des victimes et des familles de victimes de covid-19 en Italie et vous dire combien nous savons que vous avez eu les premiers temps à affronter, parfois seul ce virus.

Nous avons ensuite ensemble réussi à apporter une réponse commune, bâtir une solidarité européenne dès le printemps et l’été 2020. Je crois que c’est là aussi l’une de nos forces. En effet, avec le Président Mattarella nous venons d’évoquer notre coordination, notre solidarité européenne et notre agenda européen. L’année qui vient de s’écouler, les 15 mois qui viennent de s’écouler durant le virus, auront marqué une volonté forte de l’Allemagne, de l’Italie, de la France, de travailler ensemble et de bâtir ensemble une ambition européenne. Nous l’avons fait pour répondre à la crise dès les premiers mois. Nous l’avons fait pour bâtir une relance européenne dès l’été 2020. Nous l’avons fait ensemble pour soutenir une politique européenne d’achat de vaccins puis de construction de capacités de production des vaccins en Europe. Nous avons en matière européenne une ambition partagée, celle d’une Europe plus juste, plus verte, qui laisse plus de place à sa jeunesse.

Je voulais vous remercier Monsieur le Président de vous exprimer cet après-midi à la Sorbonne pour parler d’Europe et parler à notre jeunesse et le faire, je crois pouvoir le dire, avec cette vision commune qui nous porte, celle de l’avenir de notre Europe. C’est à la fois l’avenir de l’Italie, l’avenir de la France et l’avenir de ce qui nous unis au plus profond. La conférence pour l’avenir de l’Europe à laquelle nous voulons contribuer activement, permettra de tracer justement ces lignes de force d’une Europe qui doit savoir définir son avenir, bâtir justement les politiques de demain, offrir à la jeunesse les opportunités et les rêves auxquels elle a droit et construire l’autonomie qui lui est nécessaire.

La relation entre l’Italie et la France s’inscrit aussi naturellement dans une dimension méditerranéenne que nous avons évoquée. Nous avons abordé dans ce cadre la question libyenne sur laquelle nous avons des vues convergentes, des préoccupations communes, un travail conjoint incessant qui s’est structuré durant tous ces derniers mois par des visites communes de nos ministres, par un travail commun lors de la conférence de Berlin puis un travail commun qui se tiendra aussi sous la présidence française du Conseil de sécurité la semaine prochaine pour avancer sur cet agenda. Au Sahel, l’Italie est un pays dont je tiens aussi à saluer l’engagement notamment via sa contribution à la force Takuba et son implication dans les actions humanitaires. L’Italie préside aussi cette année le G20 et nous avons parlé de nos priorités communes en matière d’enjeux mondiaux : la santé, l’accélération d’un vaccin disponible pour tous les pays du monde et en particulier les pays africains, la volonté d’avoir un agenda ambitieux en matière de financement des économies africaines et de développement de l’Afrique, un agenda ambitieux aussi en matière climatique car l’Italie copréside avec le Royaume-Uni la conférence de Glasgow et je sais votre engagement en la matière, comme celle du président du Conseil.

Cet engagement commun dans les questions européennes et les questions mondiales se nourrit en quelque sorte du dynamisme et de la richesse de nos relations bilatérales. Aujourd’hui, nous souhaitons renforcer de manière décisive ce socle commun, le structurer, en faire un ciment de l’intégration européenne. C’est dans cet esprit que nous avons ici confirmé notre volonté d’aboutir au plus vite au traité de coopération bilatérale renforcée. Vite, c’est à dire dans les tout prochains mois et ce traité dit du Quirinal nous permettra de consolider cette relation, d’offrir aussi à nos peuples et nos jeunesses de vraies perspectives. Ainsi, souhaitons-nous que les jeunesses de nos deux pays s’engagent ensemble à travers un service civique franco-italien qui leur permettra de renforcer sur le terrain et de manière très concrète cette amitié, ces valeurs qui nous lient. C’est un des aspects de ce traité, auprès de beaucoup d’autres et évidemment de la force de la relation culturelle, académique, scientifique, industrielle, politique qui unit nos deux pays.

L’entretien que nous venons d’avoir n’est qu’une étape dans votre visite d’Etat en France. Je sais que, comme je l’ai dit, vous vous exprimerez cet après-midi à la Sorbonne, vous allez retrouver le président de l’Assemblée nationale et nous aurons le plaisir ce soir de vous retrouver avec toute votre délégation et plusieurs acteurs majeurs de l’amitié entre nos deux pays. Merci cher président, cher ami, d’être là, de nous honorer de votre présence et comme je vous l’ai dit, je veux vous dire qu’aujourd’hui la France a conscience d’accueillir un ami mais aussi une éminente personnalité pour laquelle elle a estime, affection et admiration."

 
Propos liminaires de Sergio Mattarella, Président de la République italienne

(Transcription de la traduction de l’interpète)

"Je remercie le Président Macron de son accueil très amical, de cette hospitalité chaleureuse qu’il a bien voulu réserver à moi-même et à ma délégation. Je le remercie de ses mots. Je suis heureux de pouvoir affirmer que nos relations d’amitié personnelle renforcent nos liens et la sincérité de nos propos.

C’est mon premier voyage à l’étranger, comme vous le savez, après la fin du confinement due à la pandémie, qui a beaucoup fait souffrir tant la France que l’Italie et dont nous sommes en train de sortir avec grand engagement. Je remercie beaucoup le Président Macron qui a bien voulu rappeler les victimes dans le monde entier. Nous avons été unis par ces deuils, par cette souffrance. La collaboration que nous avons pu enregistrer à cette occasion a été exemplaire une fois de plus. Pour mon premier déplacement à l’étranger, je suis très heureux que ça coïncide avec cette visite d’État en France, parce que la France et l’Italie ont des liens communs, je dirais même uniques. Un lien unique, qui repose sur des valeurs partagées ; sur une histoire commune ; sur des visions partagées ; des relations culturelles très intenses qui existent entre nos deux pays ; sur des systèmes économiques qui sont réciproquement fondamentaux. Ces liens reposent également sur le fait que nos sociétés – la vôtre et la nôtre – entretiennent un dialogue constant, et ce à tous les niveaux, dans tous les domaines, en toutes circonstances. Tout cela crée des liens uniques, qui s’ajoutent aux conditions politiques : nous sommes les pays fondateurs de l’Union, de l’OTAN, beaucoup de liens nous unissent. Ces liens entre nos sociétés sont si forts qu’ils sont à la base de tous les autres liens. Ce partenariat entre nous est essentiel, au niveau bilatéral, pour l’Union européenne et pour la communauté internationale.

Cette coordination renforcée entre la France et l’Italie s’est manifestée clairement à Bruxelles à l’occasion du Recovery Fund avec nos positions communes, avec la position précieuse du Président Macron et de la France pour permettre à l’Union de prendre conscience de la situation économique dramatique causée par la pandémie. Nous l’avons vu également dans la collaboration à Bruxelles dans le cadre financier pluriannuel. Comme l’a rappelé le Président Macron, nous avons évoqué dans nos entretiens que nous avons pu enregistrer l’intensité de nos relations. Ces derniers mois, il y a eu de nombreuses rencontres avec les membres du gouvernement, avec une collaboration pleine et sincère, avec une franchise. Nous nous retrouvons toujours en phase sur les différents problèmes, d’où l’exigence – que le Président Macron a rappelée – quasiment naturelle d’avoir un traité de collaboration renforcée pouvant donner une forme, pouvant baliser les parcours de cette collaboration aussi intense. Nous sommes engagés pour la définition des contenus de ce traité. Nous espérons pouvoir aboutir bientôt.

Je suis heureux que le Président Macron ait rappelé l’importance que la France et l’Italie attachent aux jeunes. Je suis heureux d’ annoncer que l’Italie a favorablement accueilli la proposition pour un service civique commun franco-italien. Nos jeunes pourront collaborer ensemble. Nos administrations sont prêtes à définir rapidement les modalités et les mécanismes de ce service civique commun. Nos jeunes vont collaborer ensemble, vont échanger des expériences, vont agir en commun. Les jeunes nous tiennent à cœur. Les jeunes sont à la base de nos approches. Les défis que l’Union devra relever concerne l’avenir et donc le destin et la condition des nouvelles générations. Nous en avons parlé, nous avons évoqué les thèmes de la révolution technologique ; les changements profonds que connaît l’économie. Nous sommes convaincus que tout cela va renforcer notre présence au sein de l’Union. Cela va aider les nouvelles générations.

Comme le Président l’a rappelé, nous avons évoqué également l’agenda européen. France et Italie partage la vision du futur de l’Union et le rôle que la conférence sur l’avenir de l’Europe doit jouer. Cette conférence n’est pas une occasion bureaucratique ou, si vous voulez, un événement occasionnel. C’est une chance historique qui est offerte aux pays de l’Union pour pouvoir redessiner les défis qui sont devant nous, pour redessiner une condition d’efficacité de l’Union européenne qui est appelée à être protagoniste dans la communauté internationale. Tout cela exige – et la France et l’Italie sont d’accord – un projet issu de la conférence de renouvellement, de réforme de l’Union européenne. Le Président Macron a exhorté l’Union à aborder ce thème. Ce thème doit nécessairement figurer parmi les thèmes que traitera la conférence sur l’avenir de l’Union.

Nous avons également évoqué les relations transatlantiques, la communion de vue, l’importance des réunions qui se sont succédé à Bruxelles entre les États-Unis et l’Union européenne. Nous avons évoqué la collaboration future, nos responsabilités en Libye, au Sahel. Nous avons évoqué tous les thèmes où la France et l’Italie se retrouvent ensemble et dont France et Italie comprennent l’importance. Nous nous devons de jouer un rôle de paix, de collaboration, de croissance pour l’avenir non seulement de l’Europe, mais également des régions qui se trouvent autour de l’Europe. Nous sommes entourés par des États en crise, des tensions, des frictions. L’Europe peut transférer dans ces régions proches sa vocation pour la paix et la collaboration. Dans ce domaine, France et Italie sont appelées à collaborer en tant qu’acteurs principaux.

Je remercie Monsieur Macron de cette rencontre, de son accueil, pour les paroles qu’il m’a adressées. À mon tour, je lui témoigne mon amitié personnelle et ma grande appréciation pour tout ce que la France fait dans l’Union et pour la communauté internationale. Merci Monsieur le Président."

(Foto : @Quirinale)

Dernière modification : 17/08/2021

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